Cette troisième intervention sur le site de La Couronne a permis de confirmer le potentiel archéologique du site, et ce bien au-delà du secteur de l’église paléochrétienne qui jusqu’à présent avait été placé au centre des recherches. La...
moreCette troisième intervention sur le site de La Couronne a permis de confirmer le potentiel archéologique du site, et ce bien au-delà du secteur de l’église paléochrétienne qui jusqu’à présent avait été placé au centre des recherches. La campagne de 2012 a permis de recentrer le lieu de culte dans son contexte général. Les hypothèses émises lors des précédentes interventions ont pu être pour la plupart confirmées.
Le site, fréquenté durant la Protohistoire et le Haut-Empire romain (à la faveur de l’important oppidum gaulois situé sur le plateau de Viermeux faisant face au nord), ne se développe réellement qu’à partir de l’Antiquité tardive. En effet, la phase de monumentalisation du site se met en place à l’extrême fin du IVe siècle de notre ère. Une enceinte maçonnée imposante, circonscrivant l’éperon sur un peu plus d’un demi-hectare, est dans un premier temps construite. Les premiers bâtiments intra muros étaient en matériaux légers ; ces derniers sont probablement liés au chantier de construction. Ce vaste programme d’aménagement du plateau se traduit par des travaux d’une ampleur considérable. Les bâtisseurs n’ont pas hésité à modifier la topographie de la plateforme sommitale de manière à asseoir confortablement leurs constructions. Ainsi, un imposant bâtiment rectangulaire (150 m2) est bâti à l’angle sud-ouest de l’éperon. Ce dernier est flanqué au sud d’un système de caissons maçonnés faisant pour certains office de réservoir d’eau. Cet important système de captage des eaux de pluie traduit une volonté d’autonomie mais avant tout la présence, probablement ponctuelle, d’une population relativement importante sur et aux alentours de l’éperon. À l’angle sud-est du site, quatre caissons de soutènement, destinés à l’aménagement d’une plateforme stable dans ce secteur de l’éperon où la pente est forte, ont pu être repérés. Cette plateforme est très arasée ; il ne reste plus que les soubassements de ces caissons qui, en partie haute, devaient accueillir des petites pièces liées au stockage de denrées alimentaires et matérielles. L’ensemble présente toutes les caractéristiques topographiques et morphologiques d’un petit établissement fortifié de hauteur, relevant peut-être d’un pouvoir privé. La forteresse devait également servir de point de surveillance du territoire dans cette zone de confluence entre deux cours d’eau mais surtout dans un secteur de contact entre la plaine de Vichy et Cusset à l’ouest et la Montagne Bourbonnaise à l’est.
Le site est christianisé très tôt puisque les premières inhumations chrétiennes apparaissent au plus tard aux alentours des années 430. Ces inhumations sont installées dans le grand bâtiment rectangulaire qui a peut-être, dès cet instant, été transformé en église. Ce dernier fait l’objet de réaménagements quelques années plus tard. On procède à cet instant à des travaux de grande ampleur au cours desquels est édifiée une grande abside semi-circulaire à l’est. Cette phase de reconstruction intervient dans le seconde moitié du Ve siècle et plus probablement aux alentours de 450. L’édifice est à cet instant doté d’un chœur architectural au milieu duquel figure un autel reliquaire constitué de quatre colonnettes encadrant une fosse reliquaire creusée dans le rocher.
Le site devient probablement un pôle religieux influent à l’échelle micro-régionale et a probablement servi de relai aux autorités épiscopales, basées à Clermont (chef-lieu de diocèse), pour la christianisation de ces terres situées en marge du diocèse.
Le site prospère durant l’époque mérovingienne jusqu’à probablement obtenir un statut paroissial. La période mérovingienne fut manifestement propice au développement et à la prospérité du site, probablement grâce à l’action d’un pouvoir public ou aristocratique relativement influent dans cette partie du territoire arverne. Le déclin semble toutefois s’amorcer très tôt, probablement dès le VIIe siècle à en juger par la rareté des vestiges (mobilier et immobilier) rattachables aux siècles postérieurs. Par ailleurs, les traces d’un incendie ayant visiblement engendré une phase de destruction dans toute l’extrémité ouest du site ont pu être observées. C’est peut-être cet événement qui a marqué l’amorce du déclin du site. Ce dernier conduira à un abandon quasi-total de l’éperon aux alentours de l’an Mil qui n’est par la suite occupé que dans le cadre d’une activité de type agro-pastorale jusqu’au début du XXe siècle.
Cette troisième campagne a permis de s’affranchir du « simple » cadre de l’église et d’appréhender le site dans une dimension beaucoup plus large. Comme envisagé lors des premières opérations, le lieu de culte n’est pas isolé sur le plateau mais fonctionne bien au contraire au sein d’une petite forteresse de hauteur.
Les données collectées à l’issue de ces trois campagnes de recherche apportent une vision renouvelée de ce site qui jusqu’à présent était quelque peu délaissé par l’historiographie régionale.
Malgré l’ampleur des excavations de la fin du XIXe siècle, il subsiste de nombreux indices qui, confrontés, permettent d’envisager l’évolution chronologique des installations mises au jour.
Le site de La Couronne se fait tout d’abord l’écho de la richesse architecturale des constructions de l’Antiquité tardive, période pour laquelle on considère bien souvent que le savoir-faire des siècles précédents est oublié. Bien au contraire, les installations maçonnées du plateau mettent en avant la pérennité de cet héritage antique.
Cette étude offre par ailleurs un regard privilégié sur cette période (fin IVe/Ve siècle) qui à l’heure actuelle est régionalement mal connue, notamment pour les contextes ruraux. L’occupation de hauteur qui est ici mise en lumière traduit l’un des fasciés importants de l’organisation des campagnes de la fin de l’Antiquité, lequel préfigure de ce que seront les complexes castraux du Moyen Âge. Ce type d’installation est davantage à considérer comme un mode d’occupation du territoire à part entière résultant non pas d’un phénomène lié aux invasions, mais plutôt de mutations socio-économiques qui vont durablement remodeler le paysage administratif de la Cité.
Cette étude est également l’occasion d’alimenter les connaissances régionales sur la genèse des paroisses rurales du haut Moyen Âge et d’apporter des données qualitatives permettant d’approcher l’organisation et l’évolution de ces installations isolées.